Projet de budget pour 2014

Monsieur le Maire. Ce projet de budget est le 19e du genre en ce qui vous concerne.

Une durée conséquente, qui ne vous permet plus de vous réfugier derrière de faux-semblants, tels que l’héritage de la gestion précédente ou la perspective d’un nouveau mandat pour faire tout ce que vous n’avez pas su faire depuis 1995.

A l’époque, vous aviez su convaincre une majorité (déjà relative) de nos concitoyens que vous étiez à même de « réveiller la belle endormie » (sic) en vous mettant au service de votre ville natale.

Vingt ans plus tard, force est de constater que vous êtes un homme de paroles. Mais des paroles plurielles. De celles que l’on prononce pour se faire élire et que l’on s’empresse d’oublier une fois élu.

Afin de rafraîchir nos mémoires et étayer mon propos, j’ai apporté quelques archives qui sont aujourd’hui des « collectors ». Vous reconnaitrez ici sans peine votre brochure-programmede 1995 où vous apparaissez tout à la fois déterminé et rassurant.

Rassuré, je le suis moins lorsque je mets en balance les paroles et les actes.

N’indiquiez-vous pas dans l’Edito : « Jean Denais peut compter sur l’amitié et le soutien de nombreux élus… Un réseau qu’il entend mettre au service de Thonon. Il est particulièrement important de pouvoir compter sur des appuis solides lorsqu’il faut négocier pour… le TGV, la desserte routière. »

Question désenclavement, on peut dire que vous n’avez pas fait jouer vos relations.

Plus loin, on lit, toujours sous votre plume : «  Adepte du travail en équipe et partisan du dialogue, Jean Denais veut également favoriser la concertation… en restant fidèle aux deux exigences qui guident son action : la disponibilité et l’écoute. »

Côté concertation, on peut dire que le mariage forcé de Thonon avec la Communauté de communes des collines du Léman n’est pas à proprement parler un résultat convaincant.

Vous écriviez pourtant sur le bilan du sortant de l’époque : «  L’équipe sortante n’a plus la crédibilité nécessaire pour assurer un développement équilibré et concerté de l’agglomération dans les vingt années à venir. »

Permettez-moi de vous retourner le compliment.

Sur le plan de la disponibilité et de l’écoute, je laisse nos concitoyens seuls juges du respect de cet engagement.

Au plan économique, la comparaison n’est pas plus flatteuse.

Vous écriviez en effet : «  Le foisonnement des grandes surfaces en périphérie au détriment du petit commerce, pourtant générateur d’emplois, est-il souhaitable ? Non. Il est urgent qu’un schéma directeur d’urbanisme commercial soit mis en place et que le Maire soit intransigeant sur les autorisations. »

Monsieur le Maire,  avez-vous été intransigeant sur les implantations de grandes surfaces en périphérie ? Non.

Avez-vous défendu le petit-commerce en installant du commerce de détail et les cinémas de Thonon en périphérie ? Non.

Promettre est une chose, tenir en est une autre…

Le problème avec vous, c’est que les contre-exemples sont légion.

Ainsi de la gestion des HLM, que vous fustigiez à l’époque : « Le rapport de la Cour des comptes est sans équivoque concernant la mauvaise gestion de l’Office municipal. La légèreté, l’incompétence et la confiance mal placée caractérisent ce dossier. »

Alors Monsieur le Maire, comment qualifiez-vous les agissements de votre ancienne adjointe, ex-présidente de l’Office, qui a créé des commissions bidon, s’est octroyée des primes indues et refuse de rendre un argent qui serait mieux employé à rénover des appartements ?

Comment qualifiez-vous la gestion actuelle, avec plus de 4M€ engloutis dans un siège qui fait tache par rapport aux centaines de logements non réhabilités dans des quartiers pourtant difficile, où le moindre incident peut dégénérer en émeute ?

Ne trouvez-vous pas léger de consentir à des coûts de construction prohibitifs pour ce siège (plus de 4.000 € du m²) et de devoir ensuite les amortir sur… 60 ans ?

Passons maintenant au projet.

En 1995, vous indiquiez d’emblée : « Nous ne ferons pas de promesses électorales car nous savons qu’elles n’ont aucune valeur. »

Que dire alors du catalogue que vous venez de nous présenter ?

Durant ces 19 dernières années, avez-vous, comme annoncé :

  1. soutenu le commerce de centre-ville en assurant « des facilités de parking » ?
  2. mené « une véritable politique d’animation » du centre-ville ?
  3. misé sur le tourisme en accueillant « une nouvelle structure hôtelière » ?
  4. créé « un marché couvert réservé aux commerçants de Thonon » ?
  5. traité le problème de la sécurité en confiant à votre police municipale « des missions d’îlotage et de surveillance des quartiers » ?

Assurément non.

En revanche, vous avez prospéré sur un autre terrain, celui de l’immobilier. Faisant des taxes associées à la construction de logements une variable d’ajustement de votre budget, vous avez autorisé sans compter.

Le problème est que cette densification s’est faite sans qu’un plan de circulation cohérent ne soit préalablement arrêté. Du coup, circuler dans Thonon est toujours aussi difficile, malgré l’avènement du contournement.

Le développement économique et l’emploi qu’il génère ne sont pas au rendez-vous non plus. Il s’agit pourtant d’une nécessité si l’on ne veut pas être le dortoir de Genève.

La proposition de budget est de ce point de vue inacceptable avec une enveloppe de moins de 200.000 €, en baisse de 14,65%. (Cf. rapport page 12) Cela représente moins de la moitié du budget de votre Cabinet. C’est dire où sont vos priorités.

Vous comprendrez donc que nous ne votions pas ce budget.

Et ce d’autant, que les dépenses de fonctionnement évoluent toujours à un rythme supérieur aux recettes : +4% contre +2,61%. (Cf. rapport pages 26 et 28) Situation que l’on retrouve au stade du compte administratif, c’est-à-dire lors du bilan.

Vous n’étiez pourtant pas si dispendieux avec l’argent des autres, lorsque vous écriviez en 1996, pour présenter votre premier projet de budget : « Afin de dégager une capacité d’investissement suffisante, il faudrait que la courbe d’évolution des recettes soit toujours (sic) supérieure, en pourcentage d’une année à l’autre, à celle des dépenses. »

J’ai trouvé cette perle dans la première édition de votre journal « Dialogue » de février 1996.

Vous écriviez également dans un chapitre intitulé « Finances : Etat des lieux » : « Le niveau des dépenses de fonctionnement est élevé et progresse plus vite que les recettes. Les marges financières apparaissent très limitées.

Et de vous étonner, pour la passation des marchés publics, de « l’attribution fréquente des marchés aux mêmes entreprises. »

L’Histoire se répèterait-elle ?

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