La vérité sur nos déchets

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Par voie de presse, le maire de Thonon a récemment fustigé l’organisation du service de collecte des ordures ménagères (OM) sur la ville.

Censée discréditer la Communauté d’agglomération dont la présidence lui a échappée, l’attaque est ressentie comme une injustice par les personnels concernés, tant leur conditions de travail se sont dégradées ces dernières années, sous gestion municipale:

  1. moyens non ajustés à l’augmentation de population (+25 % sur 20 ans et toujours 2 camions-benne en circulation) ;
  2. en comparaison, l’effectif OM (10 agents) s’avère insuffisant pour traiter les tonnages relevés (8250 t/an) ;
  3. les voiries ne sont pas calibrées à 6 mètres pour permettre le passage de camions à plus forte capacité (de 6 à 10 tonnes) ; ce qui oblige à effectuer plus de rotations ;
  4. les secteurs desservis et les circuits de collecte n’ont pas été revus malgré la multiplication des logements collectifs, avec pour conséquence des déséquilibres significatifs dans les tournées ;

Parallèlement, les conditions de circulation des camions se sont dégradées (augmentation du trafic, chaussées en impasse et en sens unique…); la situation étant appelée à s’aggraver encore avec l’avènement du Léman express fin 2019 (passages à niveau plus souvent fermés en raison de l’augmentation de fréquence des trains).

La commune a aussi renoncé à mettre en place des points de regroupement par conteneurs semi-enterrés pour les grands ensembles, engendrant des temps de collecte supérieurs et une prolifération des bacs dans l’espace public; avec pour conséquences une pollution visuelle et des risques d’incendie.

Alerté par les conclusions d’une étude commandée en 2010, le maire s’est contenté de supprimer la seconde tournée dans les secteurs périphériques, puis de passer à une collecte sur 5 jours (contre 6 auparavant) en octobre 2015.

Objectif:  réduire les coûts en vue du passage en agglomération (janvier 2017), la commune devant se voir ristourner via le budget principal la part des recettes perçues au-delà du coût du service transféré…

Résultat: des cadences de travail et des amplitudes horaires plus importantes, des camions en surcharge et des arrêts de travail multipliés par trois entre 2015 et 2017.

Un audit social réalisé à l’automne 2017 pour l’Agglomération confirme les effets délétères de l’organisation du service mise en place par la commune.

Ce mal-être au travail cache un épuisement professionnel liée à une pénibilité accrue et un manque de reconnaissance pour nos agents, dont le régime indemnitaire avant transfert à l’Agglomération était inférieur de près de 50% à ceux de collectivités voisines.

Autre explication aux difficultés rencontrées : un transfert incomplet des moyens alloués à la collecte des ordures ménagères.

Pour pallier les insuffisances d’un système à bout de souffle, la commune n’hésitait pas en effet à faire appel aux agents affectés à la propreté urbaine, relevant pourtant fonctionnellement d’un autre service.

Mais cette force d’appoint n’a pas été transférée à l’Agglomération, qui doit désormais recourir ponctuellement au privé pour remplacer les agents indisponibles.

Du point de vue du contribuable, la gestion communale n’a pas été plus vertueuse, puisque le produit de la taxe additionnelle à la fiscalité foncière (TEOM) a toujours été structurellement supérieur au coût réel du service (près de 500 K€ en 2016).

Ainsi, les Thononais assujettis à la taxe foncière ou leurs locataires (la TEOM est une charge locative) ont-ils abondé sans le savoir au budget général communal.

Les particuliers ont même payé pour les professionnels (entreprises, administrations, établissements publics), petits et gros producteurs (ndlr : les « très gros  producteurs » sont exclus du service public et exonérés de toute contribution) ayant bénéficié de la collecte municipale pour leur « déchets assimilés à des ordures ménagères) en dehors de toute obligation légale et sans qu’en contrepartie ne soit instaurée la redevance spéciale (RS) pourtant obligatoire depuis 1993 ! (coût annuel estimé en 2010 : 269 K€)

Difficile dans ces conditions de suivre le maire de Thonon dans sa vindicte contre l’Agglomération au sujet d’un service qu’il a tant négligé depuis 20 ans…

Retrouvez l’article du Dauphiné Libéré du 13 novembre 2018

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