Budget primitif 2005

Conseil municipal du 22 décembre 2004

Délibération relative à l’approbation du Budget primitif 2005

Monsieur le maire, Chers collègues,

Ce projet de budget marque une rupture dans la lignée des précédents qui se caractérisaient par une présentation – à défaut d’un contenu – conforme à l’argumentaire qui l’accompagnait.

Cette fois, le moins que l’on puisse dire, c’est que vous ne parvenez pas même à faire illusion. La rhétorique est toujours là, mais sans que l’on trouve jamais le moindre élément tangible susceptible de lui donner corps. Peut-être est-ce déjà là une application de la méthode Coué ? Je doute cependant que cela suffise à redonner à notre ville l’élan dont elle a besoin et dont elle a si longtemps été privée pour des raisons de pur électoralisme.

Surtout ne réveillez pas « la belle endormie » vous risqueriez d’indisposer votre électorat par trop conservateur !

Je refuse de voir ma ville natale se transformer en un désert économique et devenir un simple lieu de villégiature pour retraités aisés ou ressortissants étrangers en quête de résidences secondaires « bon marché ». Cela n’a rien à voir avec la fatalité. Ce sont vos choix, ajoutés à ceux de vos prédécesseurs, qui nous ont conduit à cette impasse.

A l’heure où nos voisins construisent le grand Genève, vous pérorez sur le désenclavement du Chablais en vous attribuant de vrais faux succès. Si indispensable soit-il, le désenclavement est en réalité un combat du passé et permettra tout juste d’absorber les flux d’aujourd’hui.

Sans réel développement économique, nous ne parviendrons pas à maîtriser l’aménagement de nos territoires et nous trouverons, de fait, dans l’incapacité d’offrir à nos enfants une chance de s’épanouir et prospérer dans leur région d’origine. Pour ce faire, notre ville devrait jouer un rôle moteur et son maire s’imposer comme un fédérateur… Dessein que précisément vous vous révélez incapable d’incarner…

Afin d’illustrer mon propos, je me bornerai à reprendre quelques un de vos commentaires pour les mettre en perspective…

♦ En page 5 de votre rapport, vous écrivez : « l’épargne brute subit un léger tassement avec – 7,24 % »

J’ose à peine imaginer ce que vous qualifieriez de tassement « important » ! En passant de 5 345 800 € à 4 959 014 € l’épargne brute est en net recul et démontre à l’évidence votre incapacité à dégager des marges de manœuvre suffisantes en maîtrisant notamment les coûts de fonctionnement de l’administration communale.

Plus symptomatique encore est l’analyse de l’épargne de gestion, c’est-à-dire abstraction faite des frais financiers sur lesquels vous n’avez finalement que très peu prise. Celle-ci chute de 8,27 % en passant de 7 057 800 € à 6 474 014 € revenant du même coup à son niveau de 2000 (6 489 K€).

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C’est donc une bien piètre perspective qui vient, il est vrai, confirmer le mouvement défavorable amorcé en 2003 : 6 519 K€ contre 6 539 K€ en 2002 (-1%) ; alors que dans le même temps les communes enregistraient en moyenne nationale une amélioration de 3 %.
(Cf. données de l’Observatoire des Finances Locales – rapport de synthèse page 3)

Evolution qui se traduit d’ailleurs par une modification de la répartition des ressources en section investissement, l’emprunt venant désormais contribuer pour 69 % de l’ensemble des recettes, contre 64 % au BP 2004 (+15 % en valeur : 4 584 K€ prévus contre 4 000 K€ en 2004).

♦ Des choix budgétaires contestables en sont directement à l’origine :

La police municipale verra ses dépenses de personnel grimper de 8,51 % sans qu’aucune extension d’activité ne soit programmée. On peut dès lors s’interroger sur vos objectifs. La lecture du bilan d’activité 2003 mentionne en effet une recrudescence des interpellations pour infractions à la circulation routière, ainsi qu’une présence accrue en tant que service d’ordre commis aux manifestations.

Je ne pense pas que ce type d’intervention corresponde aux attentes de nos concitoyens qui aspirent à plus de sécurité au quotidien, c’est-à-dire principalement dans leurs lieux de vie : logements, écoles et commerces. Une fois de plus, vous vous révélez défaillant dans ce qui fait l’essence même de votre fonction, savoir garantir à vos administrés la sécurité et la tranquillité publiques.

Autre augmentation sensible : les dépenses de personnel dans le service des ressources humaines (+9,59 %)

J’ose simplement espérer que ce régime de faveur servira la collectivité des agents dans son entier, notamment grâce à une offre de formation plus large et mieux adaptée, ainsi qu’à une gestion des carrières plus incitative, c’est-à-dire liée au mérite plutôt qu’à la fidélité réelle ou supposée à votre équipe.

Les crédits affectés au CCAS restent très élevés (1 358 845 €, soit près de 9 MF) avec notamment la mise à disposition de personnels, certes en baisse, mais semble-t-il sans lien direct avec les transferts de compétence annoncés.

Etant par principe hostile aux mélanges des genres, je ne peux que souhaiter que le renforcement du rôle social du Département – qui se verra ainsi chargé de définir et mettre en œuvre de la politique d’action sociale – ne crée pas de doublons et se traduise par des moyens accrus sur le terrain et non pas dans les services généraux. Peut-être pourrons-nous alors compter sur quelques économies que vous aurez à cœur, c’est certain, de rapidement réaffecter à d’autres missions.

Paradoxalement, je m’inquiète d’une baisse des dépenses de personnel dans le service informatique.

Celle-ci est en effet corrélative à une augmentation considérable des dépenses de gestion (+30,22 %), ce qui peut se révéler annonciateur d’une dépendance plus forte à l’égard de prestataires de services pour qui l’on peut rapidement devenir une clientèle « captive ».

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Gageons donc que vous saurez régulièrement les remettre en concurrence.

La communication reste le fer de lance de votre action politique avec +11,51 % de dépenses en personnels et maintenant près de 2 000 € investis chaque jour qui passe dans votre propagande personnelle, cabinet du Maire compris.

Ce à quoi il faudra naturellement ajouter le coût de votre dernière trouvaille : le site Internet (23 000 € prévus hors maintenance)

Mais toute médaille a son revers, après les trop bien dotés, les plus mal lotis…

La culture avec -14,02 % en dépenses directes est sérieusement amputée, jugée peut-être trop « à gauche » ou pas assez « populaire ».

La petite enfance voit quant à elle ses subsides réduits de 7,38 %.

Quant aux sports (-1,66 %), j’attends toujours de connaître les grandes lignes de la politique sportive de notre ville. Car mis à part le refus d’organiser les championnats du monde d’Acrosport et, a contrario, l’accueil à grands frais (25 000 €) d’une étape du Moto Tour à laquelle seul notre adjoint aux sports semblait s’intéresser, rien de bien convaincant. Mais peut-être Monsieur CAIROLI a-t-il perdu ses ambitions, à l’instar de son chemin lors de cette inoubliable échappée motorisée ?

♦ Rien de bien convaincant disais-je, parce que rien qui prépare l’avenir ou qui réponde aux défis de demain, tels que la mise en œuvre du contournement de Thonon et de ses nécessaires pénétrantes, la satisfaction des besoins d’une population croissante ou la simple mise à niveau de nos infrastructures.

Signe de cette imprévoyance, votre budget en investissement, qualifiez de «programme ambitieux » mais qui recule en réalité si l’on s’attache à considérer les comptes consolidés : 17 515 144 € proposés contre 17 900 416 en 2004. Le fait que ce document ne figure pas dans votre rapport de présentation en dit d’ailleurs long sur votre difficulté à masquer la situation réelle de la ville.

En pêchant par manque d’ambition ou d’anticipation, vous compromettez nos chances de faire à nouveau de Thonon la véritable capitale du Chablais.

Pour ces raisons et d’autres que j’ai déjà exposées, je ne voterai pas ce projet de budget. Christophe ARMINJON

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